L’initiative individuelle c’est bien… Le combat politique c’est mieux !?

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Il y a les zéro déchets. Les zéro gaspi. Ceux qui choisissent de vivre sans frigo, sans plastique, sans voiture ou sans avion – et même, parfois, sans rien du tout… Quand il s’agit d’écologie, les citoyens engagés semblent prêts à faire de sacrées concessions ! Mais toute cette bonne volonté suffira-t-elle ?

 

VOUS NE POLLUEZ PAS TANT QUE VOUS PENSEZ

Bien sûr, au quotidien, chaque geste compte !
Mais un petit peu seulement…

Prenons l’exemple de l’avion – qui, par personne et par kilomètre parcouru, est de loin le transport le plus polluant. Au total, en Europe, le trafic aérien génère “seulement” 3% des gazs à effet de serre… Autant dire une goutte d’eau. Une partie plus significative des émissions provient des voitures de particuliers. Mais combien de personnes pourraient vraiment vivre sans un véhicule ? A l’exception des métropoles, où les transports en commun sont suffisamment développés, ce “choix individuel” ne semble pas à la portée de tous…

Mais prenons encore du recul.
Les transports, dans leur ensemble, ne sont à l’origine que d’un quart des émissions de gaz à effet de serre. D’où vient le reste ?
De l’agriculture et de l’industrie. Un seul chiffre pour vous en convaincre : à l’échelle mondiale, seulement 100 entreprises sont responsables de 70% des émissions de C02 – voilà de quoi relativiser l’importance de votre nouvelle ampoule basse consommation…

L’ÉCOLOGIE NE SE LIMITE PAS AU CLIMAT

En terme d’écologie, si nous avons tendance à surestimer l’importance des individus, • c’est aussi parce que les médias s’intéressent surtout au problème du climat – et donc, du transport, ce qui touche directement le citoyen dans sa vie quotidienne.

Mais la destruction de l’environnement et de la biodiversité, malheureusement, connaît de multiples causes : la disparition des espaces naturels et la déforestation, la dégradation des sols, la consommation d’eau, le braconnage, la surpêche, les rejets de produits toxiques dans les mers, et cetera. Autant de questions sur lesquelles le simple citoyen n’a que peu de prise.

LA SOLUTION : TRANSFORMER LE MODÈLE DOMINANT

Certains répondront que, de manière indirecte, le citoyen peut toujours peser dans la balance, notamment via ses choix de consommation.

Mais cette réponse pose deux problèmes :
1 – Dérogeant au principe fondamental de la démocratie, “une personne = une voix”, la consommation verte donne par définition plus de pouvoir à ceux dont les moyens sont importants.
2 – Mais surtout, elle est inefficace. En effet, Annie Leonard écrit dans le New York Times que même si des millions de personnes choisissaient de “voter avec leurs dollars”, les effets cumulés ne permettraient pas de changer le système. Pire, une telle croyance aurait des effets pervers ! En nous donnant bonne conscience, et en nous donnant l’impression que de vrais progrès sont faits, la “consommation verte” nous pousse en fait à des comportements moins responsables et surtout, nous dépolitise petit à petit…

Car il s’agit bien d’une question politique !
Dans le Guardian, Martin Lukacs nous rappelle que l’urgence écologique ne trouvera de solutions que dans l’action collective : réguler, taxer, lancer de grands investissements publics (dans la recherche par exemple), et surtout, sortir du paradigme consumériste-individualiste dans lequel quatre décennies de néolibéralisme nous ont enfermées…

Les défis semblent colossaux ! Mais si l’on se rassemble et que l’on s’organise, rien ne devrait être impossible.
Et puis, cet horizon n’est-il pas plus ambitieux, plus enthousiasmant que celui des ampoules basse consommation ?

Publié le 31 mai 2019 par Yoyo.
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Photos : Thomas Louapre Design : Les indiens Développement : Bigint