Le plastique vierge n’a rien d’innocent

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Le plastique vierge, c’est le plastique tout neuf, celui qui n’est pas recyclé.
Dans le monde on en fabrique, à la louche, près de 400 millions de tonnes par an ; la majeure partie sera brûlée dans les incinérateurs ou bien enfouie dans les décharges ; pire, un quart environ fuitera dans la nature. Alors, on arrête le massacre ?
Aujourd’hui, chez Yoyo, on part à la recherche de concurrents sérieux !

 

Match 1 – plastique vierge contre plastique recyclé

 

Scoop : il y a déjà suffisamment de plastique sur terre pour ne plus avoir à en fabriquer. En effet, la consommation mondiale de plastique n’augmente “que” de 4% chaque année… Il suffirait donc de réutiliser le plastique déjà produit. Pourtant, seulement 9% du plastique vierge est recyclé.
Bizarre, non ?

 

Pour comprendre, revenons à la base. Le plastique vierge est un dérivé de pétrole, une matière première abondante et relativement peu chère (à l’heure où nous écrivons ces lignes : 30 centimes le litre). A l’inverse, collecter et transformer les plastiques usagés est un processus long et coûteux.
Ainsi, économiquement parlant, les industriels n’ont aucun intérêt à privilégier le plastique recyclé, dans la mesure où celui-ci est souvent plus cher.

 

Par ailleurs, le plastique recyclé n’a pas tout à fait les mêmes propriétés que le plastique vierge. Il faut s’imaginer le plastique comme une éponge : une bouteille de jus d’orange, par exemple, absorbera des molécules issues du jus d’orange… Au moment du recyclage, il faudra donc nécessairement ajouter des polymères vierges afin de re-créer une bouteille toute neuve.
Sur ce sujet, cependant, la recherche avance vite. Une entreprise comme Loop Industry travaille sur des bouteilles 100% plastique recyclé, et recyclables à l’infini ! De grandes marques comme Occitane ou Evian prévoient déjà d’utiliser ce matériau dans les années qui viennent.

 

Match 2 – Plastique vierge contre plastique végétal

 

Depuis longtemps, on sait fabriquer du plastique sans la moindre goutte de pétrole ! On parle alors de plastique végétal, ou de bioplastique. Parfois on les appelle même “plastique biodégradable”, mais la formule est trompeuse, car ils ne sont biodégradables qu’en théorie, dans des conditions de laboratoire ; si vous les jetez en pleine nature, ils ne disparaîtront pas de manière spontanée.

 

Les bioplastiques sont faits, par exemple, avec la fécule de pomme de terre, l’amidon de maïs, les tiges de bambou, et même certaines algues…
L’idée est séduisante ! Mais en regardant de près, les choses apparaissent plus complexes.

 

D’abord, comme le plastique recyclé, le bioplastique est plus cher que le plastique vierge – au moins le double !
De plus, ses propriétés ne sont pas tout à fait identiques. Même si les bioplastiques sont de plus en plus performants, certains résistent encore mal à la chaleur ou à l’humidité par exemple.

 

Ce n’est pas tout.
Les bioplastiques demandent beaucoup de matière première. Pour l’obtenir, on peut planter des cultures industrielles spécifiques. Mais celles-ci devront grignoter sur les forêts, ou bien entrer en concurrence avec les cultures existantes – notamment les cultures alimentaires.
La deuxième solution, qui est préférable, consiste à recycler les biodéchets. Les usines à sucre, par exemple, rejettent une fibre de canne appelée bagasse : et, miracle, celle-ci peut servir de matière première pour le bioplastique !
En ce sens, tous les bioplastiques ne se valent pas sur le plan écologique, et la méthode de production est déterminante…

 

Le plastique vierge est-il immortel ?

 

Certainement pas !
Mais le coup de grâce ne viendra pas d’une solution unique – plutôt d’un ensemble de solutions combinées, car toutes ont des avantages et des inconvénients.
Et puis n’oublions pas que le gros point fort du plastique vierge, finalement, c’est son prix. Cet avantage pourrait rapidement disparaître avec un système de taxes, les progrès technologiques, une meilleure rentabilité dans le domaine des solutions alternatives, ou encore… un futur choc pétrolier !

Publié le 26 juillet 2019 par Yoyo.
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Photos : Thomas Louapre Design : Les indiens Développement : Bigint