La décroissance : idée ringarde ou vision d’avenir ?

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Vous n’avez pas loupé cette information : depuis le 29 juillet, la Terre vit à crédit. Ainsi, nous avons déjà pêché plus de poissons que la mer ne peut offrir, coupé plus d’arbres que les forêts ne font pousser, et cetera.
Pourtant, on le sait bien… Les politiques le répètent… Il faut renouer avec la croissance ! Retrouver son chemin ! Quand la croissance va, tout va, c’est bien connu. Et la croissance implique de produire plus, consommer plus, toujours plus…
Mais dans ce cas… N’y aurait-il pas comme une contradiction ?

 

Croître ou sauver la planète : il faut choisir.

 

Une croissance infinie n’est guère possible dans un monde fini.
Pire : notre système économique exige une croissance… exponentielle ! En effet la croissance d’une année se calcule sur l’année précédente, qui elle-même se calculait sur l’année d’avant, et ainsi de suite.
Nous autres, pauvres mortels, avons bien du mal à nous représenter les courbes exponentielles. Le fait est que celles-ci montent vite… trop vite ! Par exemple, l’ingénieur Philippe Bihouix nous rappelle qu’avec une modeste croissance de 2%, maintenue sur 1000 ans, il faudrait multiplier par 400 million notre consommation d’énergie actuelle.
C’est bien sûr impossible.

 

Certains experts affirment que nous sommes entrés dans une “nouvelle économie”, où la croissance sera générée par les idées, les connaissances, les algorithmes, et que le numérique permettra de dématérialiser notre quotidien…
C’est en partie vrai. En partie seulement.
D’un côté, nos infrastructures sont matérielles, et le seront toujours : les ponts, les centrales énergétiques, les réseaux de câbles et de tuyaux, les aéroports et les routes ne peuvent pas être numérisés… Par ailleurs, nous continuons de consommer beaucoup d’objets – télévisions, vêtements, voitures, ordinateurs, mobilier… Seulement, ces objets sont fabriqués ailleurs que dans nos pays “post-industriels”. Le problème est seulement mis à distance ; mais l’échelle de la planète, rien n’est résolu !
Ainsi, l’économiste Serge Latouche affirme que “la nouvelle économie remplace moins l’ancienne qu’elle ne la complète […] tous les indices montrent que les prélèvements continuent de croître.”

 

La décroissance… ou la post-croissance ?

 

Le concept de décroissance apparaît dans les années 1970.
Il s’est parfois confondu – ou peut-être a-t-on voulu le confondre – avec certaines formes de primitivisme, c’est à dire avec une critique radicale de l’industrialisation. On pourrait alors croire que la décroissance est une croissance à l’envers, un retour vers un passé fantasmé, forcément plus heureux, plus “naturel”…

 

Pourtant, aujourd’hui, la plupart des “décroissants” défendent une idée bien différente. Au point qu’ils préfèrent souvent parler de post-croissance, ou même de sobriété heureuse.
Comme l’explique Philippe Bihouix dans Libération, la post-croissance imagine rien de moins qu’un nouveau monde : “Un autre système économique, social, fiscal, culturel, un monde […] de plein-emploi, plutôt que continuer à croire au miracle de l’ouragan schumpetérien de la destruction créatrice.”

 

On retrouvera des idées très proches sous la plume de Vincent Liegey, dans le journal Marianne ; pour lui, la décroissance consiste à “sortir de la vision quantitative du bien être” et lui préférer “une quête de sens”. Entre autre, il insiste sur l’importance de “consommer moins mais mieux”, et surtout, “de partager plus”.

 

De bien belles intentions… Mais concrètement, ne s’agit-il pas d’une lettre au Père Noël ? Pas forcément.
Dans le Monde Diplomatique, Serge Latouche donne au moins quatre exemples concrets de mesures politiques pour une société post-croissante :

 

● Relocaliser l’économie
● Réglementer la publicité – en quantité et en qualité – pour ne plus créer de besoins artificiels
● Interdire l’obsolescence programmée, ainsi que les produits jetables
● Organiser, via l’éducation et la culture, une “révolution mentale” afin de libérer l’homme de l’économie ; l’objectif serait de favoriser l’altruisme, la vie sociale, le goût du bel ouvrage…

 

Comme on le voit, les post-croissants ne manquent pas d’imagination ni d’ambition ! Et ce, depuis le début… Par exemple, Jacques Ellul, l’un des premiers “décroissants”, considérait comme idéale une société où l’on ne travaillerait… que deux heures par jour ! Utopiste ? Peut-être pas.
Après tout, aujourd’hui, c’est la Terre qui travaille deux fois trop. Il faudra bien trouver un compromis…

Publié le 2 août 2019 par Yoyo.
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Photos : Thomas Louapre Design : Les indiens Développement : Bigint