Pourquoi (diable) l’eau en bouteille existe-t-elle ?

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Bien que l’eau du robinet soit potable et quasi-gratuite dans de nombreux pays, 500 milliards de bouteilles sont vendues chaque année dans le monde – soit 20 000 chaque seconde.
Dans ces conditions, comment expliquer un tel engouement planétaire ?

 

L’eau du robinet : une excellente buvabilité

L’eau du robinet coûte 100 à 200 fois moins chère que l’eau en bouteille. Après avoir passé des dizaines de contrôles qualité, elle arrive directement dans nos maisons, avec l’avantage d’être potable : c’est à dire qu’on peut la boire du début à la fin de notre vie sans aucun problème de santé. Même les nourrissons peuvent la consommer. Pourquoi donc s’en priver ?

 

Certains diront qu’elle a “mauvais goût”. En effet, elle est traitée grâce à des sels d’aluminium et surtout du chlore. Si le chlore peut dégager une légère odeur, aucune de ces deux substances n’a de conséquences mesurables sur la santé. Les quantités sont trop infimes. Par exemple, on ingère naturellement plus d’aluminium quotidiennement dans notre alimentation que dans notre eau – sans que cela ne nous inquiète…

 

D’autres diront que, par endroits, l’eau du robinet n’est pas totalement potable. C’est vrai pour certains pays.
Mais en France, les cas sont rares (notamment liés aux pollutions agricoles), limités dans le temps, et quand ils surviennent, les populations sont informées. Pour vous rassurer, n’hésitez pas à consulter, sur le site sante.gouv.fr, la carte des contrôles sanitaires effectués commune par commune.

 

L’eau en bouteille : pas forcément potable

Ces contrôles drastiques n’existent pas pour les eaux en bouteille… Pourtant, celles-ci ne sont pas épargnées par les pollutions : des tests menés à titre privé ont révélé la présence de medicaments et de pesticides dans 10% d’entre elles.
Autre problème : les eaux en bouteille sont deux fois plus contaminées par les particules de plastique que l’eau du robinet – cette contamination proviendrait des bouteilles elles-même.

 

Et ça ne s’arrête pas là ! Certaines eaux en bouteille ne sont en fait… même pas potables. Dur à croire ? Et pourtant…
Les eaux minérales ne sont pas soumises aux critères de potabilité, qui s’appliquent seulement à l’eau de source et à l’eau du robinet. De fait, certaines sont tellement riches en sels minéraux (sodium, fluor, fer, etc.) que leur consommation quotidienne est déconseillée.

 

Enfin, last but not least, sachez que pour chaque litre acheté… Il a fallu gaspiller deux litre d’eau pour fabriquer la bouteille !

 

Qui consomme l’eau en bouteille, et pourquoi ?

D’abord, il y a le marché des eaux pétillantes et aromatisées. Mais il n’explique pas tout. Par exemple, en France, celui-ci représente un peu moins de 20% des ventes.

 

Ensuite, un peu partout dans le monde se développe un mode de vie plus nomade. On achète “à emporter”, on mange dans la rue, dans les transports, on boit en pratiquant le sport… Le problème est réel, mais pas difficile à régler. Par exemple, la journaliste Sonia Sodha suggère dans le Guardian d’installer partout dans les rues des fontaines d’eau potable. Les gourdes deviennent aussi de plus en plus populaires chez les adeptes du zéro déchet.

 

Mais cela ne suffit pas encore à expliquer notre goût immodéré pour les bouteilles d’eau…
En fait, il s’agit largement d’un phénomène culturel. Des années de marketing ont convaincu les consommateurs que l’eau en bouteille était plus pure et plus naturelle. Rappelons nous la publicité Valvert, où les ours et les loups se disputaient une bouteille en pleine montagne…
D’autres marques jouent aussi sur la corde affective, comme San Pellegrino, qui promet “l’art de vivre à l’italienne” – l’art de vivre à l’italienne aurait donc le goût de l’eau… Enfin, les marques d’eaux minérales n’hésitent pas à vanter les nombreux bienfaits de leurs bouteilles : minceur, vitalité, jeunesse, etc. Mais de tels effets sont parfois négligeables, parfois fantaisistes

 

Parfois, mais pas toujours.
Par exemple, parce qu’elles sont riche en magnésium, la Contrex, l’Hepar et la Courmayeur ont effectivement des effets sur le transit.
La Vittel, la Taillefine, la Badoit et La Salvetat sont aussi riches en calcium ; elles seront donc appréciées par les sportifs, les personnes âgées, et celles qui consomment peu de produits laitiers. Enfin, certaines eaux riches en bicarbonate de sodium pourraient bien faciliter la digestion.

 

Bref. Pour certaines occasions, l’eau en bouteille peut se justifier, à condition de bien la choisir… et de ne pas dénigrer sa jumelle du robinet !

Publié le 12 juillet 2019 par Yoyo.
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Photos : Thomas Louapre Design : Les indiens Développement : Bigint